Le plagiat de la Recherche scientifique
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L’intertextualité ...

mardi 22 février 2011, par Hélène MAUREL-INDART


"L’intertextualité : le douteux alibi du plagiaire".



Le plagiaire crie immanquablement à la persécution et agite le drapeau de l’intertextualité lorsqu’il est pris la main dans le sac ; quant au plagié, le voilà tout bonnement traité de jaloux, si d’aventure il dénonce un forfait. Il existe effectivement des accusations injustifiées et purement calomnieuses ; André Schwartz-Bart, lauréat du prix Goncourt en 1959 pour Le Dernier des Justes, et dix ans plus tard Yambo Ouologhem, lauréat du prix Théophraste –Renaudot pour Le Devoir de violence, en sont des exemples tristement célèbres, qui ne se relevèrent pas de tels calomnies. Pourtant, au nom de la liberté de création, la tendance consiste a priori à ridiculiser le plagié, caricaturé comme un besogneux arque bouté sur sa petite propriété, dite intellectuelle. Par un tour de passe, la victime devient le bourreau et le plagiaire fanfaronne, convoquant à son avantage les Molière, Perec et autres talentueux créateurs, capables de fondre et de sublimer leurs emprunts dans une œuvre originale.

Une confusion des genres est ainsi volontairement entretenue entre intertextualité et plagiat par certains apologistes du pillage littéraire qui s’abritent systématiquement derrière les fictions de Borges, pour légitimer les ciseaux, la colle, le décalque, le papier carbone un peu passé de mode mais d’un charme nostalgique, et la photocopieuse. Jorge Luis Borges se joue avec brio du fantasme irrésistible de la bibliothèque universelle, où les œuvres sont à tous et les droits d’auteur à personne. La nouvelle intitulée Tlön Uqbar Orbis Tertius [1] est à cet égard parfaite d’humour et de subtilité : « Nous savons déjà que dans Tlön le sujet de la connaissance est un et éternel. Dans les habitudes littéraires, l’idée d’un sujet unique est également toute-puissante. Il est rare que les livres soient signés. La conception du plagiat n’existe pas : on a établi que toutes les œuvres sont l’oeuvre d’un seul auteur, qui est intemporel et anonyme ». Tandis que Borges crée un univers fictionnel où les copistes sont d’authentiques créateurs, d’autres, écrivains auto proclamés, reprennent à leur compte cette vision vertigineuse du plagiat généralisé et l’utilisent à des fins très calculées et personnelles, très éloignées d’une conception libertaire de l’originalité.

(...) la suite de l’article se trouve en ligne (ci-dessous) ...

Voir en ligne : http://www.editions-hermann.fr/fich...

P.-S.

Cet article est un extrait de celui originellement publié par le Pr. Maurel-Indart dans la revue Argilète n° 3, Editions Hermann, janvier 2011 : "L’intertextualité : le douteux alibi du plagiaire".

Notes

[1] Fictions, traduit de l’espagnol par P. Verdevoye, nouvelle édition augmentée, Paris, Gallimard, 1965 (1ère édition en traduction française en 1957, 1ère édition en espagnole en 1956 et augmentée en 1960).

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