Le plagiat de la Recherche scientifique
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Résumé : propos introductifs de G. Koubi

dimanche 30 octobre 2011, par Plagiat-Recherche

Suite au colloque des 20-21 octobre 2011 du ’plagiat de la recherche", nous avons décidé, en attendant la publication des "actes" (lextenso, 2012), de produire ici-même les résumés des interventions ....

En introduction à un colloque... sur « le plagiat de la recherche scientifique »

Peut-on vraiment penser un « plagiat de la recherche scientifique » ? La recherche ne se plagie pas. Comment la recherche peut-elle être donc objet de plagiat ? En ce colloque, elle n’en est pas l’objet, elle n’en est que le « sujet ». Car, au-delà des résultats obtenus ou constatés, lesquels sont souvent diffusés ou communiqués, comment une pensée, une fonction de réflexion impliquant nécessairement une activité d’échange, de discussion, de controverse, de partage, peuvent-elles être plagiées ?

Le questionnement auquel invitaient ces deux journées de colloque se comprenait en 4 temps : depuis les définitions et perceptions du plagiat dans la recherche (1) jusqu’aux situations et positions du plagiat en recherche (4) en passant par la détection et la dénonciation du plagiat (2) et les sensations entre transgression et humiliation exigeant de distinguer le plagiat de la recherche (3).

Loin de se complaire dans les bilans quantitatifs, loin de se lamenter sur les inerties administratives, loin de se plaindre de l’indulgence envers les divers emprunts que forme tout plagiat, ce colloque a pour objectif de participer à la prise de conscience, depuis longtemps commencée, de la dégradation de tout système de recherche que crée le consentement au plagiat.

1- Comme le premier temps est celui des définitions et perceptions du plagiat, le plagiat étant là le principal objet de la recherche, une entrée en matière s’inscrit dans les décalages, dans les marges... Certes, le constat est constant. L’observation sur la multiplication des cas de « ressemblance entre deux textes » qui laisse planer le doute quant à l’existence d’un plagiat, devient éprouvant. Les affaires dites de « plagiat » semblent acquérir une couverture médiatique de plus en plus ample, mais cette mise en scène qui s’accapare des objets de publicité (les livres, les films, les photographies, les tableaux, les articles de presse, les billets postés sur des sites web, etc.), ne revient-elle pas à occulter d’autres sujets où sévissent le plagiat, le copié-collé ou le copier-coller ? Ce sont ceux qui, précisément, grèvent le savoir et polluent la connaissance, qui s’emparent de la réflexion, de la pensée, de la « recherche », de la recherche en sciences humaines et sociales surtout. Mais en ce domaine, la détection du plagiat induirait-elle seulement la nécessité de sa dénonciation ?

Pourtant, ne s’agit-il pas aussi à travers les annonces porteuses d’opprobre publique, à travers ces focalisations médiatisées autour d’œuvres présentées par des ‛auteurs connus’, d’une recherche de moralisation de la vie sociale plus qu’universitaire ? Ce serait comme d’un moyen d’échapper au mensonge organisé en tous domaines ; ce serait aussi comme d’une façon de mettre à distance la violence de l’emprunt à autrui de ses idées, de ses dires aussi bien que la détresse de l’emprunteur. La transgression, cette modalité de passage au-delà des règles de conduite, est aussi l’expression d’une douleur. Ces thèmes sont abordés tout au long du déroulement du questionnement proposé en ce colloque...

2- Inévitablement, les termes de « copie », d’« intertextualité », de « reproduction », de « contrefaçon », les expressions de « copier-coller » ou de « réutilisation d’un texte », parcourent les interventions. Les questions exposant les captations, les appropriations, les saisies par autrui de la substance de l’idée créatrice, de la pensée novatrice, celles relevant la confiscation, la main-mise, le « vol » de l’originalité de la réflexion, de l’indépendance d’esprit, de l’inventivité du raisonnement, pullulent.

Cependant, il est une dimension substantielle sur laquelle tout reposerait : l’antériorité d’un texte, d’un discours, d’un argument, d’un dire sur les autres. Cette mesure formerait un thème d’analyse qui situerait la « vitesse » et « l’accélération » au cœur du propos. Or, l’antécédence d’une production, d’une publication ne peut systématiquement constituer une confirmation de la répétition constatée, du plagiat avéré. Certes, pour que la notion de plagiat prenne sens, il apparaît nécessaire de repérer un « avant-texte » à partir duquel évaluer ressemblances et dissemblances, similitudes et différences. Mais une telle observation s’effectue au risque de situer hors de portée de l’analyse l’idée-force, la pensée-clef.

La rhétorique du plagiat ne se fonde pas sur une idée de propriété mais sur une notion d’auteur encore à redéfinir selon les champs, comme un nouvel éclairage à donner à la notion d’œuvres de l’esprit disposant d’un caractère original. Dans ce cas, la mise en perspective du plagiat ne devrait-elle pas dépasser la seule visibilité des objets ?

3- Il resterait peut-être à esquisser une piste : dans cet espace de la recherche scientifique, le plagiat n’est-il pas une des résultantes de l’oppression de la norme standardisée, d’un conformisme ambiant, d’une réticence à l’égard de l’originalité, d’une défiance envers la singularité ?

Parfois, peut y être décelé l’hommage rendu au plagié, le ‛maître’, par le plagiaire ; d’autre fois, au contraire, peuvent y être discernés le mépris, la jalousie, la crainte. Derrière les expressions et les mots, derrière les attitudes et la comportements, la gamme des motifs ‛inconscients’, de ces sentiments sinueux entre glorification et humiliation.

Mais, dès lors, le plagiat ne serait-il pas donc aussi la conséquence de cet hyperindividualisme qui fait de la visibilité de soi le la de sa personnalité, de sa notoriété ? La force accordée au regard des autres amplifie la douleur du plagié, la cruauté des procès. Elle relance la tendance à l’étiquetage, valorisant les modélisations structurantes qui ont parfois pour effet d’enfermer le chercheur dans une seule spécialité, dans un seul domaine, dans le domaine de sa compétence tel qu’il lui a été assigné. Enclos dans cette perspective, le chercheur, au lieu d’approfondir et développer sa réflexion, se trouverait alors indéfiniment contraint de s’auto-plagier.

4- Pour s’extraire de ce conformisme persistant qui invite à l’imitation et à la répétition, le recours aux logiciels ne semble pas approprié ; il n’est pas le remède. Ces « objets de commerce » qui profitent de l’exposition médiatique des plagiats, défient et dévalorisent la connaissance. Si, en dépit de ses limites, il se comprend pour l’accès aux diplômes, par exemple pour une thèse, pour l’acquisition d’un titre de docteur, comme l’espace de la recherche scientifique ne se limite pas à ce parcours, il reste peu pertinent pour tout autre champ. Ce qui peut-être plagié ne se borne pas aux pièces numérisées, aux images et sons recueillis, aux discours postés sur des sites web, aux articles insérés dans des revues électroniques, accessibles ou non par des portails spécialisés.

Évoquer les procédures existantes et les sanctions pénales possibles et proposer d’autres modalités pour certaines des situations relevées permettent de s’interroger sur les moyens de parer à l’extension du plagiat dans les lieux de la recherche publique et dans les sphères universitaires. En sciences humaines et sociales, comme nombre de jugements en attestent, le plagiat se découvre par la lecture, la ‛vraie’, celle du livre-papier ; le plagiat n’est pas simple « réutilisation » d’un texte (CE, 23 février 2009, Mme B.-R., req. n° 310277. note : RFDA 2009 p. 226, F. Melleray), il apparaît ainsi comme une falsification. Évidemment, le plagiat n’est pas seulement décelable dans « l’écrit ». Les enregistrements effectués à l’occasion d’entretiens ou d’interviews peuvent servir de support puisque « les entretiens constituent des œuvres de l’esprit, dès lors que l’activité intellectuelle et créatrice des participants se manifeste par l’expression d’une pensée individuelle et indépendante et que la composition et l’expression de l’œuvre fait apparaître son originalité » (CE, 27 avril 2011, Consorts A c/ Ville de Nantes, req. 314577).

Et demain, l’idée lancée lors d’une communication orale pourrait-elle être saisie de la même manière ? Les quelques-unes que vous auriez piochées dans cette présentation vous sont offertes....

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